Que nul n’entre dans le XXIe siècle s’il n’est hypomane…

Are Mokkelbost (b-o-r-g.org), Entity 12

Are Mokkelbost (b-o-r-g.org), Entity 12

La communication immédiate caractérise l’époque, pour le meilleur et pour le pire. Elle a du bon : augmentation de notre puissance d’agir, liberté croissante, agilité, faculté permanente de faire salon, mise en commun des ressources intellectuelles, la vie quotidienne vécue à plusieurs… enfer ou paradis… [...]

Le pire ? Pas de doute, c’est une tyrannie. La contemplation, la méditation, la mélancolie, l’acédie, la dépression, l’otium, le loisir, la lenteur, les langueurs, le flâner, le musarder, le baguenauder, le glander, non pas seulement le dimanche de la vie de la triade sacrée Hegel-Kojève-Queneau, mais même le sacro-saint Week-end franchouillard, et, par dessus le marché, « les sanglots longs des violons de l’automne… » – toutes ces institutions augustes de la pensée, et de la sensibilité fléchissent sous les assauts incessants du signifiant toujours dispo. Que nul n’entre dans le XXIe siècle s’il n’est hypomane…

L’appareil dit nomade, ou portable, si serviable, corvéable à merci, jamais un mot plus haut que l’autre, a fait son nid dans notre cervelle, il y a pondu ses oeufs, il y est désormais accroché comme une tique à la peau d’un chien. Alléluia ! un nouvel organe nous est poussé, Notre cher et vieux In-der-Welt-sein s’en trouve chaviré de façon irréversible. Quelque chose du rapport du Dasein à l’espace et au temps, resté intouché depuis l’origine, a été pollué, qu’aucune écologie ne nous rendra pur. Des constantes anthropologiques parmi les plus assurées, ont désormais la danse de Saint-Guy.

Le monde de la longue durée n’a pas disparu, non. Il n’est pas englouti comme l’Atlantide, non. Il est toujours là, oui. Il survit, il vivote, il papote, il tremblote, il est passé au rang de patrimoine. Il fait l’objet de tendres nostalgies, il est le ressort de résistances féroces, mais tout le monde sent bien que c’est une cause perdue, comme la monarchie héréditaire et l’Algérie française. Tout doucement, il sort de l’actualité, il s’efface, fade away… Bientôt, demain, tout à l’heure, il sera hors service, honoré, muséifié. Tel le Roi d’Egypte, c’est « Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui » qui triomphe au son des trompettes d’Aîda.

Rien à voir avec l’éternel présent du « Sonntag des Lebens », où l’on se prélassait aux frais de la princesse. Quelle princesse ? Prinzessin Geschichte, la princesse Histoire, venue à bout de course, et retirée des affaires du monde. La vieille coquette entretenait dans sa thébaïde un gigolo fourbu, Herr Geistes, qui passait son temps à siroter des apéros dans un petit caboulot, en racontant les bobards de ses hauts faits. Enfin Georg Wilhelm Friedrich Hegel vint. Il prit au sérieux le vieux cabot, et se fit son amanuensis, comme le furent pour Socrate, Samuel Johnson et Napoléon, Platon, Boswell et Las Cases. Sur une île déserte, qu’emporterais-je plus volontiers ? La Phénoménologie de l’Esprit, ou Casanova, l’Histoire de ma vie ? Plus de concepts d’un côté, de femmes de l’autre. Au fond, avec la Bible, on a les deux. Voilà pourquoi ce bouquin a tant de fans.

Notre présent à nous est parcouru des secousses instantanées. Valéry disait déjà de Bossuet : « il spécule sur l’attente qu’il crée, tandis que les modernes spéculent sur la surprise ». L’instant impensable, impalpable, et informe, ne règne, ni ne triomphe, car, pour ça, il faudrait encore qu’il durât. Il fulgure. Il n’a pas plus de réalité dans le temps que le point dans l’espace. L’instant est dématérialisé, et, nous qui vivons au rythme du signal instantanée, il nous dématérialise à sa suite. La séance avec Lacan, telle que je l’imagine, n’était pas « courte », elle était instantanée, dématérialisante.

Ah ! mais… voilà pourquoi ce grand appétit de « Journées », de raouts, de fêtes – de rencontres, dit Z* : apporter son corps, trouver des corps…

Jacques-Alain MillerExtrait du Journal des Journées n°32 du mardi 6 octobre

Le mode selon lequel s’opère cette perte réelle de vie laisse des traces indélébiles de jouissance chez le sujet.

Erik Dalzen - Faint, Christian, 2009

Erik Dalzen - Christian, 2009

A cet égard, l’angoisse donne le signal de différentes modalités de rapport à l’objet. Le mode selon lequel s’opère cette perte réelle de vie laisse des traces indélébiles de jouissance chez le sujet. Ces traces, toujours identiques à elles-mêmes, sont au principe de la répétition, et c’est pour cela qu’elles sont en lien avec le symptôme. Savoir reconnaître ces traces, puis savoir y faire avec la jouissance – telle est l’éthique de la psychanalyse – passe par une élaboration signifiante qui met en jeu le rapport à l’Autre. Entre le sujet et l’Autre, nous retrouvons ce “petit bout perdu” qui va constituer l’objet que le sujet place dans l’Autre.

“Faire de la jouissance une fonction”
Elisabeth Leclerc-Ravazet
La petite Girafen° 28, L’enfant et ses objets, Institut du Champ freudien

"The Painful Logic of Colour and Texture" (l'objet transitionnel du XXIè siècle)


Forced Entry by Proxy“, 2004
c-print siliconmounted to Plexiglas, 120 x 100 cm

The 21st Century Transitional Object“,
2004 c-print siliconmounted to Plexiglas, 120 x 150 cm

Sad Memories of Pink #2“,2004
c-print siliconmounted to Plexiglas 180 x 80 cm

Annika von Hausswolff

plutôt que de faire limite par l'interdit, faire lien avec la jouissance

Comment un psychanalyste, grâce au transfert, parvient-il à  “faire de la jouissance une fonction” qui permette au sujet de “retrouver, dit Lacan, son essence réelle”, pour mettre en route le désir.

Jean-Robert Rabanel [...] deux mode de civilisation, [...] : “le premier, que nous connaissons bien, consiste à faire limite par l’interdit, et le second, beaucoup plus difficile car il nous faut l’inventer, est celui de faire lien avec la jouissance“.

Faire de la jouissance une fonction (( Je publie aujourd’hui, 20 octobre, de vieux brouillons que je ne veux pas jeter. Je ne sais plus d’où sortent ces citations. À mon avis d’une revue. La petite girafe, même. Sur les enfants. Probablement E. Leclerc-Ravazet, y cite-t-elle JR Rabanel… Enfin, que celui/celle que la référence exacte intéresse m’écrive. Je me ferai plaisir de la lui rechercher. ))
Elisabeth Leclerc-Ravazet

~pour finir

« Comment on ne devient pas psychanalyste ».

Je ne suis pas sûre d’y avoir compris grand-chose.

A ça, n’être pas devenue analyste.

Mais j’aimerais pouvoir le dire : Je ne serai pas analyste. Je ne le serai pas, je ne le suis pas, voici pourquoi.

En premier, viendrait  probablement ma satisfaction actuelle. Ma grande satisfaction actuelle. La façon dont j’écris, le blog,  cet exercice, dont je me suis longtemps fait le reproche, qui paraît finalement pouvoir répondre de mes années d’analyse. En prolongation de cette pratique, à laquelle encore je m’adonne, de voir un psychanalyste, à un rythme certes moins soutenu qu’à BXL où a eu lieu ma “première tranche”, mais toujours régulier.

Gerhard Richter - Overpainted PhotographCette satisfaction qui est la mienne d’être ce que je suis, enfantine peut-être mais, ma complicité, connivence d’avec mon corps, ma façon d’être, cet empilement ce jeu éventail de petites satisfactions qui seraient
comme autant de cartes à jouer habilement maniées mélangées aérées lancées distribuées réparties, retournées, carrées. Elles auraient lieu un peu n’importe où,  n’importe quel lieu du corps, l’instant d’un regard rapidement passé, posé, d’un mouvement, le pli d’un vêtement, la matière d’une tissu, le poids des lunettes sur le nez, l’ombre heureuse d’un arbre sur la route, 3 feuilles rouges dans un marronnier, le couloir sombre de l’appartement.

Et si ça n’a pas été facile, de ne pas devenir analyste, c’est essentiellement parce que pendant quatorze ans, durée donc, de la première tranche, j’ai pensé que c’était ce que je ferais. C’était une certitude. Laquelle s’est effondrée, peu après un claquement de porte. Puisque c’est très brutalement que ma principale analyse s’est terminée. Mon analyste m’a mise à la porte ( je doute qu’il se soit douté que ce serait définitif)  ou j’ai voulu la prendre, j’ai quitté Bruxelles pour Paris.

Arrivée à Paris, les choses ne se sont pas vraiment passées comme j’aurais pu le croire.

Les analystes parisiens m’ont d’abord envoyée chez le psychiatre.

L’un d’entre eux a eu cette drôle d’idée de me dire, pensant peut-être me réconforter, que c’était une très bonne chose que de n’être pas analyste.

J’ai mis du temps à m’en remettre.

Cet analyste m’a alors parlé « d’effondrement de S1 ». Je veux bien le croire. Il n’empêche que je ne suis plus retournée le voir.

Enfin, pour contrebalancer peut-être, cette certitude, qui était la mienne, de devenir, d’être analyste, il y a ce que j’ai pu voir récemment :

On ne devient pas psychanalyste quand on a pris l’école pour ce qu’elle n’est pas. Quand on a pris l’Ecole et la passe, pour c e qu’elles ne sont pas.

Et on ne devient pas psychanalystes parce que les filles, c’est bête. Et qu’on n’est pas arrivée à poursuivre ses études parce qu’on ne savait « pas-tout ».

Cela m’est venu en rêve, le mois dernier, comme j’avais décidé de chercher à en découdre avec les angoisses qui depuis des années me prennent au mois d’août .

Le premier rêve m’a d’abord appris que l’école de mes humanités, les Dames de Marie, et celle de la Cause freudienne se confondaient dans mon esprit.

J’ai rêvé que Jacques Lacan était Directeur des Dames de Marie.

J’ai rêvé que les filles complotaient contre lui et que, malgré leur invitation à « rester avec elles malgré que je sois contre elles », je les ai trahies et dénoncées.

J’ai fait ce dessin

lecolelesfilleslacan

J’ai vu que les filles étaient bêtes, et surtout qu’elles étaient des filles. J’ai vu que Lacan, lui, était un « génie ».

J’y ai reconnu mon aliénation.

Ou les filles ou Lacan, et si j’avais l’un, je perdais les autres. Si je choisis les filles, j’aurai les filles amputées de l’école (savoir ou communauté de savoir? savoir universitaire ou savoir psychanalytique? désir de savoir?)  et de Lacan. Idem, si je choisis Lacan. Si ce n’est que je crois que si je choisis Lacan, je perds tout. L’école, les filles. Et le génie. Ou alors extrêmement solitaire, inconnu, incompris et méconnu (le génie).

Dans les deux cas,  l’école est perdue.  L’école comme cause perdue. C’est là où ça ne passe pas tout.

J’y ai compris ma « parano ». Elles complotent parce que je les trahis, parce que je ne me reconnais pas comme étant des leurs.

Mais elles complotent aussi parce que du martyr, j’ai fait un idéal. Cela, un autre rêve me la rappelé.

Un rêve dont je dirai seulement que mon père y revient de la mort, tandis qu’un homme y revient de l’Afrique.

Je me suis demandé pourquoi l’Afrique. Et je me suis souvenue que le premier homme avec qui j’ai fait l’amour était mulâtre.

Je m’appelle Müller.

C’était bon pour le MUL, mais que venait faire l’ATRE aussi chaude que soit l’Afrique. Et je me suis souvenue que ma mère rêvait, fantasmait de mourir martyre. De ne pas trahir sa foi et de mourir brûlée à petit feu, sur des charbons ardents (maman, pardonne-moi, je sais que tu as honte, mais c’est pour la bonne cause !)

Brûlante Afrique, passion Christique, délétère dira-t-on. Lacan, patron saint et martyr.

Bon. Il y a la question de l’argent aussi. Du fric (Afrique). Mais elle n’est pas résolue. Personnellement, je me préfère sans, mais ça n’est pas pratique. Je passe.

Va donc pour la question du fric, mais je reste avec ma mère.

L’amour. Et celui  des filles. L’homosexualité.

Pour en parler le plus brièvement possible, je dirai, je le qualifierai, cet amour, d’amour « pré-génial ».

Le terme n’est pas complètement de moi, d’un rêve encore. J’ai donc rêvé  également que JC E me disait qu’il travaillait à un texte sur l’amour pré-génital. C’est en transcrivant ces mots que j’ai reconnu le « génie » (de Lacan) à propos duquel j’écrivais la veille.

Donc, ça donnait :

génie ≈ génital

Ma mère, ma mère, ma mère, et le « génital ».

Comment elle s’appelle cette pulsion qui n’existe pas mais qui si « elle existait irait se faire f… dans l’Autre » ?

La pulsion génitale…

(Oui, je connais bien le Séminaire XI, mais ça fait très longtemps que je ne lis plus de psychanalyse. J’ai arrêté le jour où j’ai voulu écrire à mon tour. Mais ça n’a pas marché.)

Laissons là les mères et les filles, restons sûres du génie de Lacan, au passage glissons qu’on a deux frères géniaux.

J’ai donc rêvé beaucoup durant ces vacances. Par  2 fois, de l’Ecole des Dames de Marie, des « filles ». Dans le premier j’étais contre elles, dans le second je commençais avec elles, jusqu’à ce que je me retrouve seule. Dans ce rêve, une « meilleure » amie aimait un homme, mais son amour le mettait en fureur, la rendant très malheureuse. Elle vit cependant son amour payé de retour du moment où elle trouva une place, un travail.

Elle trouve une place et je n’en trouverai plus. De place pour m’asseoir en cours et prendre note. Cela se passe au moment où un professeur, une femme ( qui me déteste sans raison, mais qui ne m’a pas exclue de son cours, ça c’était celle qui m’aimait (sans raison) qui l’a fait) est remplacée par un homme (insignifiant).

Le récit de mon rêve passe alors du « nous » au « je ».

(Un homme vient à la place d’une femme).

Et je perds ma place. Peut-être pas directement à cause de l’homme, mais certainement à cause de mes absences. Je devais être très souvent absente. Tant et si bien que j’ai de longues années durant rêvé avoir à demander des notes, aux autres, qui n’avaient pas spécialement envie de me les passer (elle, n’est jamais là, et elle, n’en voudrait pas, payer, les conséquences !)

Et il m’a semblé, mais les deux choses me sont encore difficiles à coller, à associer, qu’à ce moment-là, je sortais tout le temps. Seule, la nuit. J’attendais que la maison soit endormie, revenais au petit matin. Faisais semblant d’aller à l’école, et revenais dormir dans ma chambre (nous habitions une très grande maison). La nuit, je dansais, je rencontrais des hommes. Ca  ne se sera pas très bien passé. Ou trop bizarrement. J’avais seize ans. Le fait est que je « couchais avec tout le monde » (hommes) – et m’étonnais (probablement) silencieusement (sans que ça se formule exactement) de n’être pas mariée. J’avais cru que c’était comme ça. Un homme, une femme, se rencontraient, se mariaient. Ils faisaient l’amour (« la plus belle chose du monde » avait dit ma mère). Et avaient des enfants (5).

Donc, d’un côté je me faisais baiser, de l’autre, je ne veux plus « pas-tout » connaître.

Dans les rêves de cet été, les choses aussi étaient bien séparées, 2 rêves des Dames et 2 rêves très violents avec des hommes qui veulent me tuer. Dans le premier, une femme me trahit (rit, m’a fait une bonne blague). Dans l’autre, une femme se sacrifie (pour me sauver se fait violer). Je trouve ensuite le lieu du sacrifice, une place vide, dans la terre, cerclée d’une roue astrale. (La roue, mon nom, meunier tu dors, Oh Jacques (mon père) pourquoi m’as-tu abandonnée).

C’est la violence de ces rêves que j’ai du mal à comprendre. La violence et l’effroi, l’épouvante. La même peut-être qui m’a poussée pendant des années, lorsque je faisais l’amour, à chercher, en pensées, les mots pour l’écrire, ce qui se passait, à ce moment-là. Rien qui pour moi, n’aie plus convoqué l’écriture (et l’analyse).

Revenons au « Comment on ne devient pas psychanalyste »… quand on a eu la grande passion de la psychanalyse.

Eventuellement, ajoutons auparavant tout de même ceci.

Dans le premier rêve dont il a été question, « L’école, les filles, Lacan », l’école de la Cause freudienne est également  personnifiée par ses analystes, auxquels je m’adresse (dans la loge de la concierge) pour les prévenir de ce qu’un abominable complot se trame contre Jacques Lacan. Ils n’en sont pas outre mesure alarmés. Et plus tard, après que j’aie refusé l’offre en mariage que me faisait une jeune fille (Anne-Marie, Stretter ?), pour acheter mon silence,  un homme, un psychanalyste (La Sagna ?) me … baise (excusez-moi du mot, j’en ai cherché d’autres, sans succès jusqu’à présent), alors que je suis gentiment allongée, telle la Sphynge en haut des escaliers qui mènent à la loge, dans le couloir d’entrée de l’Ecole (en face de moi, le même grand escalier, qui lui, mène au bureau du Directeur).

Je dis ça à cause de ce terme « baiser ». C’est le même que celui que j’ai utilisé quand je parlais des garçons que je rencontrais lors de mes escapades nocturnes.

J’ajoute, il me baise, et quand je le revois, circuler dans la salle des profs, je m’aperçois qu’il agit de même avec toutes les autres femmes (analystes, elles).

J’avais bien noté ça tout de suite, qu’à ce niveau-là, de l’intersection, la lunule, « ça baisait ».

Ca ne se passe pas au mieux, ça ne s’arrange pas avec l’amour, mais ça a lieu.

Je suis peut-être obligée d’ajouter que c’était là pour mon père péché mortel (j’étais vouée, à son grand désespoir, à l’enfer).

L’assomption de son propre sexe. Le rapport sexuel. L’horror feminae.

Je ne sais pas si l’on devient psychanalyste, pas plus que je ne sais si l’on devient femme.

Mais, je sais que c’est ce qui m’a retenue en analyse, qui m’a empêché de faire une passe de « petite fiancée éternelle » de la psychanalyse, faire qu’au moins ça se fasse, l’amour. Faire qu’il y ait ça dans ma vie. Rester dans la proximité de cet « impossible rapport sexuel, qui ne cesse pas de ne pas s’écrire. » A l’amour, je suis arrivée, venue (pas sans remous, remue-ménage).

Je sais aussi que la psychanalyse et son intelligence peut vous apprendre à vous mettre d’accord avec ce que vous ne pouvez vous empêcher de faire, et qui vous fait souffrir. Elle peut vous apprendre à vivre en dehors de ce que vous aviez tellement espéré, de ce que vous considériez comme la normalité, vous apprendre à apprécier, ô combien, votre a-normalité.

Est-ce que cela suffit à ne pas faire un psychanalyste.

Je veux encore  être analysante, toujours, et que les enjeux qui sont ceux de l’analyse restent brûlants, vivants. Titillants.

Mais je n’ai plus besoin d’être analyste.

Quant à être une femme. Il y a mon homme, il y a mon petit enfant. Nous vivons ensemble. Et ça se passe plutôt bien,

Paris, le 15 septembre 2009

14

sept

ce genre de doute

si ça se trouve je nage,  en pleine dénégation.

13

sept

treize

c’est aussi aujourd’hui l’anniversaire du (double) meurtre de mon oncle.

13

sept

journal 9, my suffragette-attitude/2

- MARION. Les temps changent. Un jeune patient m’a réglée sa séance en carte Pokémon. La carte a un
pouvoir de 70 sur 100. Elle se nomme Le Créfadet. “Il dort au fond d’un lac pour maintenir l’équilibre du
monde.” JAM : Un analyste joue en effet le Créfadet pour un sujet – quand il ne peut pas faire mieux.

13

sept

JAM : Pas du tout, on ne peut pas jouir sans entraves,

JAM : Pas du tout, on ne peut pas jouir sans entraves, on ne jouit que par les entraves (signifiantes).

13

sept

je ne sais jamais

comment m’habiller (ni d’ailleurs mon blog).

11

sept

11 septembre

et voilà qu’arrive Bentham et son « jouer à la punaise vaut bien lire de la poésie si la quantité de plaisir est la même »

qu’est-ce qui dans cette phrase de Bentham choque Freud?

ce n’est pas qu’il soit question de plaisir, de jouissance qui pose problème, c’est
l’élision de la qualité

peut-on faire l’économie de la qualité.

qu’est-ce que la qualité.

(à ce propos, probablement, lire, l’homme sans qualités, de musil)

quel est le rapport de
la jouissance et
de la quantité,
du nombre,
du chiffre.

dira-t-on
la jouissance est chiffrage
le désir
déchiffrage.

(quand Jules
fait son
exposition dans
mon
bureau.
s’assoit à côté de son “œuvre” qu’il nous a invitées à regarder, contempler.

son exposition consiste en une longue rangée d’objets apparemment choisis au hasard

il nous interroge:
alors, quel est le chiffre
où est le chiffre
vous le voyez? c’est quoi
le chiffre?
(ici, c’est probablement une interprétation qui est demandée. au moins, cette demande, je l’ai entendue.)

à s’en tenir au chiffre, toutes les équivalences
sont permises. toutes comparaisons équivalentes.

est-ce que quand il demande quel est le chiffre
Jules déjà déchiffre
ou plutôt nous demande
de déchiffrer.
serions-nous ceux-là, celles-là en l’occurrence, puisqu’il s’agissait de ma mère et moi, qui
connaissons le chiffre.

et le chiffre ici, n’est déjà plus n’importe quel chiffre. c’est le chiffre.

et lui, le sait-il le chiffre?
(son chiffre)

chiffre/déchiffrer
défricher.

et à quoi tient-elle la qualité. elle est en tout cas ce qui fait obstacle à l’équivalence universelle.

1 = 1
1 pomme ≠ 1 poire
1 pomme a le prix d’une poire
1 euro = 1 euro
mais 1 pomme n’est pas 1 poire

la pulsion est acéphale – l’obsession – l’obsessionnalisation du monde contemporain – l’addiction

la différence, la différentiation

qu’apporte la notion de qualité. devenue si difficile à saisir, retenir. par quelle voie? quel moyen?

écrit avec tendresse (( je continuerai, plus tard, à recopier ici mon doux mois d’août. là, il faut vraiment que je travaille. je suis arrivée à la dernière page de mon carnet, d’ailleurs, mon carnet d’août.))

08

sept

after that i took

21

août

mi-dire

En quoi consiste la citation ? Au cours d’un texte ou vous vous avancez plus ou moins bien, si vous êtes comme cela dans les bons endroits de la lutte sociale, tout d’un coup vous citez Marx, et vous ajoutez – Marx a dit. Si vous êtes analyste, vous citez Freud, et vous mettez – Freud a dit – c’est capital.

L’énigme, c’est l’énonciation – et débrouillez-vous pour l’énoncé.

La citation, c’est – je pose l’énoncé, et pour le reste, c’est le solide appui que vous trouvez dans le nom de l’auteur dont je vous remets la charge.   C’est très bien ainsi, et cela n’a rien a faire avec le statut plus ou moins branlant de la fonction de l’auteur.

Quand on cite Marx ou Freud – ce n’est pas au hasard que j’ai choisi ces deux noms -, c’est en fonction de la part prise à un discours par le lecteur supposé. A sa façon,  la citation est aussi un mi-dire . C’est un énoncé dont on vous indique qu’il n’est recevable que pour autant que vous participez déjà à un certain discours, structure, du niveau des structures fondamentales qui sont là au tableau. C’est là le seul point
- pouvais-je l’expliquer jusqu’à présent ? – qui fait que la citation, le fait que l’on cite ou non un auteur, peut avoir, au second degré, une importance. Je vais vous le faire comprendre et j’espère que vous ne prendrez pas cela mal, parce que c’est un exemple familier.

Supposez qu’au second temps, on cite une phrase en l’indiquant de là ou elle est, du nom de l’auteur, M. Ricoeur par exemple. Supposez qu’on cite la même, et qu’on la mette sous mon nom. Cela ne peut absolument pas avoir le même sens dans les deux cas. J’espère vous faire sentir par là ce qu’il en est de ce que j’appelle la citation.

Eh bien, ces deux registres, en tant qu’ils participent du mi-dire, voila qui donne le medium – et, si l’on peut dire, le titre – sous lequel intervient l’interprétation.

L’interprétation – ceux qui en usent s’en aperçoivent – est souvent établie par énigme. Énigme autant que possible cueillie dans la trame du discours du psychanalysant, et que vous, l’interprète, ne pouvez nullement compléter de vous-même, que vous ne pouvez pas considérer.

14

août

lendemain 14, 9 heures – l'âtre éventuel

réveillée par Jules . “forcée” à me lever. sommes à table, cuisine, la petite table carrée, en pin, de la cuisine, j’écris yeux fermés, Jules prend (prend! comme s’il s’agissait de médicament!) mange ses céréales, yeux collés, j’ai oublié hier d’enlever mes lentilles. il fait clair. le babil de Jules, les sons du dehors, le verre qui se fracasse dans les poubelles.

que de rêves!

mon père revenu (de la mort). malade. croisé dans Bruxelles en pijama, plus petit que moi, mais mon père, reconnu, plus petit, senti au moment de nos embrassades. près de la grand-place. “Pourquoi n’as-tu rien dit ? Que fais-tu ici ?” “Je n’étais pas sûr”.

je dois acheter un disque pour mon frère jean-pierre. je  conduis mon père à l’hôpital où je peux rester avec lui. ll a un drôle de trop petit lit/relaxe, qui doit être déplié. ils sont très nombreux, les patients, âgés, allongés sur de semblables sièges, fauteuils de repos.

quand je repars rencontre homme couloir de l’hôpital sortons.

prend tram pour acheter disques. long. me perds. me trompe. trouve disquaire. achète disque. fais comme si je m’y connaissais en musique (ha ha)

dois rentrer prendre le tram, me perds, rencontre homme, puis voyons énorme accident de tram. tram, s’élève dans airs, se retourne, retombe , se fracasse

notre tram ne peut plus partir . allons chez lui, lui, peut-être fils d’africain ou revient d’Afrique. arrivent d’autres femmes. lui au téléphone. parle de sa petite amie qui habite “en bas”. etc. etc. etc.

hier avions terminé paquet de cigarettes mère et moi. quand fume ne bois pas. dès que ne fume plus, bois (soif). donc mangé, beaucoup, trop. mangé parce que plus de cigarette. ne pas me peser.

pas le courage de recopier ces notes sur ordi. et surtout dès que j’y suis, sur l’ordi, me mets à faire autre chose. (or je veux écrire écrire)

oreilles jules guéries.

est-ce que thème de “Détruire dit-elle” ,un des thèmes, n’est pas le même que celui de Lol V. Stein – où Lol regarde de l’extérieur par fenêtre amants. est-ce elle, est-Lol, qui? est-ce que le Stein de “Détruire” a un rapport avec Lol V. ?

Les phrasés, la musique de chacun des personnages, différents. personnage du mari, qui arrive en dernier, le plus proche de la réalité. personnage de Stein, le plus éloigné. si, éloigné, de la réalité, proche de quoi? nu – proche de la voix?

[ entendre la voix n'empêche pas d'entendre (le sens) ]

depuis que j’ai lu Thierry Defize, je n’écris plus, je ne lis plus.

toujours (un peu) peur de l’indécence de ma mère. la possibilité d’indécence.

je recopie ces notes ici le samedi 5 septembre. du rêve, en tout cas, impossible de dire quoi que ce soit. nul souvenir. nulles impressions. (sinon peut-être une impression d’Afrique, mon nom – MU-L-ÂTRE : mon premier petit ami, le garçon avec qui je fais l’amour pour la première fois) (sinon peut-être le disque//mon frère_Frédéric /// disc afric le fric frédéric véronic (n’a pas de fric)) (sinon, cette grande envie de le voir, mon père. sinon, ma tendresse pour lui.) Les fauteuils de repos.

~

Sur Détruire, dit-elle

Maurice Blanchot, un extrait de L’Amitié – Gallimard

* Détruire – Détruire : il a appartenu à un livre (est-ce un ” livre ” ?, un ” film “ ? l’intervalle des deux ?) de nous donner ce mot comme inconnu, proposé par un tout autre langage dont il serait la promesse, langage qui n’a peut-être que ce seul mot à dire. Mais l’entendre est difficile, pour nous qui faisons toujours partie du vieux monde. Et l’entendant, c’est encore nous même que nous entendons, avec notre besoin de sécurité, nos certitudes possessives, nos petits dégoûts, nos longs ressentiments. Détruire est alors, au mieux, la consolation d’un désespoir, un mot d’ordre qui viendrait seulement apaiser en nous les menaces du temps.
Comment l’entendre, et sans nous servir des vocabulaires qu’un savoir au reste légitime, met à notre disposition ? Disons-le calmement : il faut aimer pour détruire, et celui qui pourrait détruire par un pur mouvement d’aimer, ne blesserait pas, ne détruirait pas, donnerait seulement, donnant l’immensité vide où détruire devient un mot non privatif, non positif, la parole neutre qui porte le désir neutre. Détruire. Ce n’est qu’un murmure. Non pas un terme unique, glorifié par son unité, mais un mot qui se multiplie dans un espace raréfié et que celle qui le prononce anonymement, jeune figure venue d’un lieu sans horizon, jeunesse sans âge, d’une jeunesse qui la rend très ancienne ou trop jeune pour paraître seulement jeune. Ainsi les Grecs saluaient en chaque adolescente l’attente d’une parole d’oracle.

13

août

lendemain, 13 août, 23h37 (le son du corps) (mon amour de ce son)

charles de zohiloff (série des empêchements)

pas dormi avant sept heures trente ce matin

vu Détruire dit-elle de Duras.

les voix d’abord.

tout de suite les voix vous entraînent où vous ne savez . puis ça passe à justesse, prescience, vision. Ce qu’elle sait, Duras, sa grande connaissance, la voix.

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Le son, le corps. Le son du corps.

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Peut-être faudrait-il parler  inlassablement jusqu’à ce que les autres eux aussi parlent, parler d’on ne sait pas quoi, jusqu’à ce que l’on sache.

“Toutes les femmes, sont folles.”

Les premières fois où l’on parle d’une chose, la première fois, on pourrait presque croire qu’on touche à la vérité. Que c’est la vérité. On y touche, qu’on y touche elle se dissout, sa douleur aussi.

“Nous somme s des juifs allemands.”

~

— Le déjeuner terminé, Stein apparaît : “ Vous ne m’avez pas dit qu’Alissa était folle. ” Pourquoi dit-il cela ? Comment devons-nous le comprendre ?
(Silence, puis :)
C’est l’équivalent de : “ Vous ne m’avez pas dit qu’on pouvait aimer Alissa. ”
La folie, en effet, est ici la capacité d’être équivoque : d’avoir plusieurs sens ou – si l’on préfère – le même sens pour plusieurs personnes.

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Thème : Esquire par Matthew Buchanan.

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