hier, au lieu de regarder la télévision, j’ai écrit cette lettre – dont je dois encore corriger l’orthographe :
Cher Docteur *,
Cette lettre seulement pour vous dire que je regrette beaucoup que vous n’ayez pas vu, ou seulement pressenti, cela aurait dû suffire, que je souffrais de cette maladie, la parodontite. Maladie qui aura été diagnostiquée dans un service d’urgence, par une étudiante, et qui, en plus de me faire souffrir, mais c’est un moindre mal, va me coûter beaucoup, vraiment beaucoup d’argent.
Vous n’êtes pas sans savoir que les soins de parodontie ne sont pas remboursés. Je vais, à terme, y perdre certainement quatre dents, dents, que je n’ai hélas pas les moyens financiers en ce moment de remplacer. Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement des soins chez le spécialiste, mais encore des dentifrices, fils dentaires, et autres brossettes de diverses tailles, ou de soins homéopathiques que pour ma part je privilégie, et à raison ainsi que j’en fais l’expérience dans le cas de cette maladie.
Tout ça sans compter le préjudice esthétique. Il va de soi que, jour après jour, je me fais au vieillissement, je me fais, c’est la vie. Il n’empêche, j’aurais eu, j’aurais pu avoir, un sourire plus joli, si, quand je suis arrivée chez vous, il y a quelques années vous aviez eu, ce que je ne devrais pas appeler le génie, ni la bonté probablement, le simple professionnalisme sans doute, de me signaler que je souffrais d’une maladie parodontale qui n’était pas de votre ressort. Soignée plus tôt, mes dents n’auraient certainement pas continuer à s’allonger de cette façon si peu esthétique, qui plus est dans des tons tant noirs, que gris ou jaunes – puisque l’état de mes gencives, disiez-vous ne me permettaient pas de bénéficier de blanchiment des dents, ni plus d’ailleurs que de détartrage approfondi (plus grave, en ce qui concerne la maladie) ou encore de « facettes » – mes gencives étant destinées à continuer de se rétracter jusqu’à ce qu’elles … cessent. Oui, lors de ma demande de conseil, vous m’avez recommandé le dentifrice Elmex. A quoi je me suis tenue.
Je suis coupable également, bien sûr. Quand j’ai peur, je me ferme les yeux, et mes dents, au plus ça allait, au moins j’osais les regarder. Mais vous ?
Que vous dire ? Il me semble que vous auriez dû voir, savoir, et me prévenir. Il me semble, a posteriori, que vous aviez constaté une maladie et que vous n’avez pas jugé opportun, pour des raisons qui m’échappent complètement, de me renvoyer à un spécialiste, et de me donner, plus tôt, avant que je ne vous la demande expressément, l’adresse de l’un de vos confrères, comme par exemple, celle du Docteur **.
Je suis certaine que vous devez être au courant de la gravité d’une parondite, dont j’offrais tous les symptômes. Si vraiment l’idée ne vous a pas frôlé que j’aie pu être atteinte de cette maladie, je vous conseille vivement de vous documenter sur le sujet. C’est une maladie extrêmement courante, et ses conséquences sont plutôt pénibles.
Il va de soi que je suis arrivée chez vous avec cette maladie, et que cette maladie, vue par d’autres dentistes avant vous, ne m’a pas été davantage signalée par eux. Cela m’effare.
Croyez-moi, vous devriez vous spécialiser dans les soins parodontaux, si l’aspect clinique ne vous intéressait pas, et tout indique que la dentisterie ne vous intéresse pas vraiment, l’aspect financier, j’en suis sûre, compensera fortement ce désagrément.
Il fallait bien, il va bien falloir, que je tire quelque bénéfice de cette fichue parodontite, le moindre n’est pas celui de vous embêter, je l’espère, avec cette longue lettre – dont, qui sait, vous aurez peut-être l’intelligence de tirer un peu de profit – ainsi qu’à vos autres patients (vous aurez compris que vous ne devez plus me compter parmi eux).
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Thème : Esquire par Matthew Buchanan.